Grand Dossier : Business Crisis, trois petits tours et puis…

Plus de dix ans après une crise mondiale, celles de subprimes, la pandémie fissure les business models déjà entachés par une transformation digitale inachevée, voire douloureuse. Si certains secteurs tirent leurs épingles du jeu, de nombreuses activités (culture, restauration, habillement…), frappés de plein fouet par le ralentissement voire l’arrêt total de l’activité, n’auront pas la force de se relever.

Dans un contexte déjà fragilisé ces dernières années (Gilets Jaunes, SNCF, retraites…), pour les secteurs qui le peuvent, l’heure est au renouveau version accélérée, et, a minima, à l’assainissement durable de leur fonctionnement. Une stratégie de survie inéluctable, avec une échelle temporelle extrêmement limitée.

I – Prendre le train des mesures d’accompagnement

Lors du confinement, la Région Nouvelle-Aquitaine a été l’une des régions les plus prolixes à mettre en œuvre des mesures d’accompagnement des entreprises en difficulté. Ainsi, le plan d’urgence, en complément des diverses mesures étatiques, s’est élevé à 90 millions d’euros, avec en complément de nombreuses aides de soutien aux entreprises régionales, atteignant 250 millions d’euros. La majeure partie de ces aides sont toujours accessibles en ligne, identifiables au travers de la plateforme dédiée, le Guides des Aides de la Nouvelle-Aquitaine.

En outre, la Région a rapidement mis en place une plateforme d’aide psychologique à disposition des professionnels. Tout l’enjeu est en effet de préserver ou tout du moins, de limiter le plus possible la chute inéluctable de la trésorerie, comme s’armer de patience, de résistance mentale et de financement, dans la mesure du possible, et ce, dans la durée de ce qui s’annonce un marathon éprouvant.

C’est donc sans état d’âme, si l’entreprise peut y prétendre, qu’il est nécessaire de pallier du mieux possible les ruptures de trésorerie, tout en préparant, voire en créant la reprise. 

Rechercher l’investissement pour se relever et avancer

A cette fin, les entreprises qui répondent aux critères et qui peuvent envisager des investissements sources, in fine, de croissance, sont invitées à souscrire tous les financements possibles. Prêt bancaire, financement via la BPI, prêt de région… Entre investissement mesuré et risque nécessaire, le statu quo ne permettra pas d’avancer, ou d’espérer “survivre”.

Côté région, la Nouvelle-Aquitaine a mis en place un fonds de prêts abondé à hauteur de 20 millions d’euros, en association avec un prêt bancaire, afin de soutenir les TPE et le PME. Des conditions avantageuses avec notamment un prêt à taux zéro et sans garantie, pour un montant pouvant aller à 300 000€.

Parmi les secteurs d’activités privilégiés, les industries culturelles, les JEI (jeunes entreprises innovantes), le secteur du bois, le tourisme… Une condition d’existence de plus d’un an est nécessaire, ainsi que la présentation d’un bilan comptable.

Gagner du temps, une stratégie de survie permettant la remise en question

Toutes les entreprises peuvent être soutenues, même celles qui ne remplissent pas les critères des précédentes possibilités. Ainsi, en complément, la Région Nouvelle-Aquitaine a mis en place un fonds de soutien d’urgence d’un montant de 15 millions d’euros. Avec une aide sous forme d’avances remboursables, ou bien de subventions. 

Les montants varient de 10 000 euros à 500 000€, selon le secteur d’activité retenu, et le nombre de salariés. L’idée est de soutenir réellement cette situation délicate, pour les entreprises comme pour les salariés concernés, et donc l’économie plus généralement. 

L’idée est ainsi de pouvoir tenir, comme de préparer la relance, en s’appuyant sur les volets pensés par le gouvernement ; écologie, compétitivité, cohésion… Les entreprises industrielles sont ainsi notamment mises à l’honneur. Le Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance propose ainsi un guide complet à leur attention. 

En Nouvelle-Aquitaine, l’accent est notamment porté sur la modernisation des filières automobile, aéronautique, défense, énergie, ou encore le numérique. Les appels à projet au niveau étatique sont mis à jour régulièrement en ligne. Ils permettent de détecter des opportunités de croissance spécifiques, ou tout du moins d’augmenter la visibilité de ses offres.

INTERVIEW

Entretien avec Laurent
DEVERLANGES, Directeur du Caviar
de Neuvic

II – Quels secteurs échappent à la crise ?

De confinement en confinement, entre adaptation forcée et arrêt brutal d’activité, l’avenir économique peut sembler morose pour de nombreux dirigeants. Bien évidemment, les secteurs touchés par les fermetures administratives, du fait de leur risque ou de leur caractère “non-essentiel”, sont particulièrement touchés. En juin dernier déjà, l’OFCE estimait une chute de valeur ajoutée en France de plus de 30 points. La plaçant parmi les pays les plus affectés, avec l’Espagne et l’Italie.

Un vaste océan de difficultés économiques sectorielles

Pour les métiers de service, la mise en place du télétravail incite à la continuation de l’activité, mais tous les secteurs ne sont pas aptes à cette transition en pratique. Il peut y avoir un effet de baisse de productivité d’une part, ou de coûts à absorber pour la mise en œuvre. D’autre part, l’acquisition de la clientèle se voit impactée par le manque de contact direct. Certes, on peut rapidement digitaliser cette acquisition, mais les clients sont-ils prêts ? Qu’en est-il des métiers de conseil, des métiers de proximité, des métiers aux investissements lourds nécessitant une visite “en personne” ?

A Bordeaux, la restauration notamment souffre terriblement. Le tourisme également, même si l’été a été relativement clément en bord de mer… Le tourisme d’affaires n’a, ipso facto, pas redémarré. Le trafic aérien n’envisage ainsi un retour à la normale que sous quelques années… Quant aux commerces indépendants, structurellement fragiles, ils n’ont pas compensé en quelques semaines les larges pertes dues au confinement. A l’approche de Noël, la situation est plus qu’inquiétante.

Les grands “gagnants” du confinement

A l’inverse, l’alimentation, l’immobilier, le luxe… Mais aussi la logistique, dans une certaine mesure, pour les expéditions, notamment… Le “sport à domicile”, l’achat de matériel… Tous ces secteurs, au prix d’une digitalisation déjà amorcée, ou bien accélérée, ont tiré leur épingle du jeu dans la crise actuelle.
De manière globale, les secteurs liés à l’agroalimentaire, la santé (de facto), les énergies, ou encore les services financiers continuent d’afficher des résultats encourageants. Il faudra cependant du recul, une fois la crise sanitaire terminée, à défaut de la fin de la crise économique, pour bien appréhender les conséquences de cette période exceptionnellement longue.

Défaillances d’entreprises du fait de la COVID-19 en France

Entretien avec Sophie DESMAZIÈRES, Présidente Fondatrice de Bureaux Locaux

III – Être accompagné, pendant, et après la crise, un impératif

Au-delà des entreprises déjà digitalisées qui ont pu se concentrer sur l’organisation du télétravail, l’optimisation de la plateforme, le soin apporté à une service de proximité renforcé, avec beaucoup de disponibilité humaine, d’autres PME ont subi de plein fouet des conséquences non anticipables.

Les dirigeants ont dû (et doivent encore) se réadapter, tout en tenant compte de l’impact durable du confinement sociologiquement, et de la réorganisation durable du travail. Pour certains, c’est tout leur business model qui est remis en question. Dans cette période, plus que jamais, l’accompagnement des dirigeants est primordial.

Une suspension des opérations de fusion, des embauches… et la part belle aux repreneurs

Entretien avec Yoann Melloul, In Extenso Finance et Transmission

Entre télétravail massif et isolement, s’adapter à une activité en demi-teinte, voire inexistante. 

Entretien avec Jean-Philippe Romero, Président de la Compagnie Fiduciaire et membre du Cercle Perspectives

Le Monde d’après n’est pas encore advenu. Nous sommes dans un espace temporel particulier avec des changements profonds déjà amorcés (sens du travail, télétravail, accélération de la digitalisation…). Dans ce “non-espace”, la crise sanitaire continue de faire rage, ainsi que les incertitudes, jour après jour. Dans le même temps, certains peuvent déjà tirer les leçons du premier semestre.

La crise économique ne fait que commencer. Celle de 2008 étant d’ores et déjà anthologique, et non d’entreprises ne s’en sont pas remises. Certes, les plus solides se sont « assainies » durablement, le libre-jeu de la concurrence a gommé certains prix… Cependant à l’époque, les leviers commerciaux étaient plus perceptibles. 

A ce jour, la crise actuelle place également l’économie française face à ses incohérences, ou tout du moins, à ses lacunes, dans un environnement digital qu’on oublie trop aisément mondialisé. Avec une “force de frappe” des pionniers de l’économie digitale qui ne peut être égalée en quelques mois… D’autant que le terrain de jeu est international, face à un marché national. 

Dans ce contexte, pour passer le cap, durablement, peut-être faut-il prendre le temps, si l’on peut, de revenir aux fondamentaux de la proposition de valeurs des business models actuels. Et à défaut, (ré)inventer les business models de demain, basé sur les valeurs attendues par les clients à l’aune de la crise sanitaire.

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