Entrepreneuriat féminin, l’état des lieux en 2021

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Digi Atlas dresse un état des lieux de l’entrepreneuriat féminin en 2021, notamment en France (1). Outre une progression passablement lente du nombre de femmes entrepreneurs, les obstacles et idées reçues ne semblent pas se tarir au fur et à mesure des années. Pourtant, d’après une étude de 2017 (2), le France se trouverait au 6ème rang sur 31 pays concernant l’accessibilité de la création d’entreprise pour les femmes. En revanche, la réalité des chiffres n’est pas si optimiste. Pour cause, si les femmes sont bien à l’origine d’un peu plus de 40 % des entreprises individuelles, le ratio tombe à 30 % tous types d’entreprises confondus. Les disparités se font même encore plus prégnantes lorsqu’on regarde les domaines d’activité concernés.

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Les femmes représentent 10 % des startups en France ; 16 % dans le monde.

L’entrepreneuriat féminin au service du bien commun

Les femmes ne représentent qu’un tiers des créateurs d’entreprise en France. Pourtant, elles sont presque aussi nombreuses à envisager l’entrepreneuriat. En effet, 82% des femmes actives voient l’entrepreneuriat comme une option professionnelle viable. Les hommes sont 86 %, ce qui fait une très faible différence. En revanche, le passage à l’acte marque un brutal retour à la réalité.

Outre ces chiffres, la différence entre l’entrepreneuriat féminin et masculin s’observe aussi dans la perception et les motivations à entreprendre. Ainsi, pour 60 % des femmes, entreprendre doit avoir comme mission de changer la société. Les hommes sont 51 % à émettre le même avis. De même, 35 % des entrepreneures y voient un moyen de donner du sens à leur vie (21 % chez les hommes).

La réussite ne se mesure pas à l’argent que vous gagnez mais à votre capacité à changer la vie des gens.

Michelle Obama

Aussi, cet état de fait se retranscrit dans les domaines d’activité où entreprennent les femmes. L’enseignement, la santé et le social comptent pour deux tiers des entreprises créées. On chute à 13 % pour les sociétés en information et communication, puis à 6 % pour les entreprises technologiques.    

Les femmes et les grandes entreprises, un déséquilibre certain

Si dans les PME, les femmes dirigeantes sont relativement présentes, elles disparaissent quasiment de la photo lorsqu’on s’intéresse aux grandes entreprises. Ainsi, sur les 120 entreprises françaises les plus importantes, seules 11 femmes occupent un poste de directrice générale ou de présidente. Le même constat s’impose aux Etats-Unis, où les femmes dirigeantes ne sont que 6% sur les 500 plus grandes entreprises du pays.

Les raisons de ces disparités dans l’entrepreneuriat féminin sont extrêmement variées. Quoi qu’il en soit, on ne peut nier que l’accès à ces postes par des femmes soit particulièrement difficile. Les chiffres parlent d’eux-même. En effet, parmi les dirigeantes du palmarès Women Equity 2020, plus de 50 % des femmes dirigent une entreprise parce qu’elles l’ont créée elles-mêmes. Seules 20 % ont été nommées à ce poste et 14 % y siège par transmission.

L’entrepreneuriat féminin en mal de financements

On trouve peu d’explications convaincantes quant aux raisons de ces différences. D’autant qu’en temps que dirigeantes, il semblerait que les femmes sachent faire tourner la boutique comme personne. Ainsi, en moyenne, la rentabilité opérationnelle des entreprises dirigées par des femmes s’élève à 8 % quand elle n’est que de 5,7 % pour les hommes. De plus, elles ont tendance à être plus pérennes puisque 73 % de leurs entreprises sont toujours en activité après 3 ans d’existence.

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Pourtant, en pratique, les investissements et financements sont plus compliqués pour les entrepreneures. Ainsi, depuis 2008, les start-up féminines françaises ne représentent que 2% des levées de fonds. De plus, les montants sont 2,5 fois moins importants pour l’entrepreneuriat féminin que pour les projets portés par des hommes. 

Cette réalité explique en partie que les femmes soient peu nombreuses à se lancer dans des projets technologiques et industriels, nécessitant des investissements lourds. 

Toutefois, ces chiffres donnent la différence entre les financements des entreprises dirigées par des hommes et celles par des femmes. Mais ils ne disent pas si elles obtiennent la totalité des financements demandés. Pour cause, elles entreprennent souvent dans des domaines d’activité moins gourmands en financement, ce qui explique aussi partiellement que les montants levés soient moins importants. En revanche, il n’est pas moins vrai que le taux de refus des banques est réellement plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Sur quels critères cependant, difficile à dire.

Obstacles aux femmes entrepreneurs, quelles explications ?

Outre les difficultés traditionnelles de la création d’entreprise, les femmes se heurtent à des problématiques qui leur sont propres, principalement liées aux idées reçues et à la culture. Certains de ces obstacles relèvent de leurs propres croyances limitantes. Par exemple, nombreuses sont les femmes entrepreneures qui ressentent un manque de légitimité. Elles sont aussi réputées plus prudentes, en plus d’avoir moins confiance en leur capacité à développer leur entreprise.

Ayez confiance ! Souvent les femmes entrepreneures sont elles-mêmes leur propre challenge.

Tory Burch

Elles sont aussi plus concernées par les idées reçues et les stéréotypes de genre. A ce titre, elles doivent constamment justifier leur présence et faire face à l’attitude des hommes, voire même d’autres femmes, face à une femme cheffe d’entreprise. C’est beaucoup d’énergie déployée, beaucoup de temps passé, pour réussir à faire sa place en tant qu’acteur business crédible.

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Entre croyances limitantes et stéréotypes de genres, l’entrepreneuriat féminin a encore de la route à faire.

A cela s’ajoutent les contraintes familiales qui pèsent traditionnellement plus lourd sur leurs épaules. Lesquelles vont de pair avec l’organisation du quotidien, comme les courses, les planning, le ménage, les activités extrascolaires…

Professionnellement, elles souffrent aussi souvent d’un réseau moins développé. Soit parce qu’elles ont plus de difficultés à le développer et à entrer dans des cercles influents, soit parce qu’elles l’utilisent différemment et moins efficacement. Par exemple, beaucoup perçoivent leur réseau professionnel comme un moyen de valoriser leur profil et leur entreprise. Et moins comme une façon de décrocher de nouveaux contrats, de saisir des opportunités.

Accompagnement dédié à l’entrepreneuriat féminin, la fausse bonne idée ?

Pour développer l’entrepreneuriat féminin, le gouvernement français a lancé le plan “Entreprendre au féminin” en 2013. Depuis, différentes aides et structures d’accompagnement dédiées à l’entrepreneuriat féminin ont vu le jour.

On peut par exemple citer le réseau de Business Angels “FemmesBusinessAngels” ; les pépinières “Les Premières” dont celle située à Darwin à Bordeaux pour la Nouvelle-Aquitaine ; les Audacieuses ; Girlz In Web pour les entreprises du numérique ; l’association StartHer spécialisée dans la tech. Ou encore des événements comme Be a Boss pendant la semaine de l’entrepreneuriat féminin ; et aides financières : Fonds de garantie à l’initiative des femmes (FGIF), l’Aide à la reprise d’activité des femmes (Araf), le réseau Racines…

S’il est important de se serrer les coudes “entre femmes” pour surmonter les difficultés, ces initiatives ont aussi leur pendant contre-productif. D’un côté, elles permettent par exemple de tirer parti des expériences des unes et des autres ; de créer un espace bienveillant pour développer un projet sans être confrontée aux idées reçues. De l’autre, elles coupent aussi de tout le réseau professionnel masculin, pourtant plus étendu et composé de plus de profils influents.

En outre, certaines initiatives sont aussi relativement stigmatisantes. Les pépinières accueillent ainsi principalement et involontairement des projets “typiquement féminins” : mode, enfant, décoration, cosmétique, écologie, nutrition… Cela ne remet pas en question le bien fondé de ces projets mais accentue le manque de diversité : technologie, industrie restent là aussi lésés…

Finalement, l’entrepreneuriat féminin n’aura-t-il pas vraiment gagné le jour où on ne ressentira plus le besoin de parquer les femmes entre elles pour donner une chance à leur projet d’aboutir ?

Sources

  1. “Digi Atlas présente la femme entrepreneure dans le monde en 16 données en 2021”, Digi Atlas, communiqué de presse du 22 mars 2021
  2. Etude dirigée par Ruta Aidis de l’Université George Mason en Virginie
  3. L’entrepreneuriat féminin en France : état des lieux, créerentreprise.fr
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