Business Mood, L’art est-il le seul avenir du Chef d’entreprise ?

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Entreprendre est déjà une forme d’art en soi. En période de crise, l’entrepreneuriat en prend aussi la dimension incertaine et risquée qu’on reconnaît aux artistes. Une histoire universelle qui a inspiré la pièce de théâtre Double Face. Écrite et jouée par l’AfterWork Théâtre à Mérignac, cette pièce se veut par la force des choses être une pièce d’actualité. “La véritable histoire d’un petit patron brisé dans son élan par une crise économique”. Il trouve son salut et se reconstruit en devenant photographe d’art. Car c’est bien de cela qu’il s’agit quand on est créateur d’entreprise. On met son âme dans son projet, ses jours et ses nuits, ses rêves et ses démons. Et quand des facteurs auxquels on ne peut rien viennent réduire à néant ce dévouement, c’est un morceau de soi qu’on laisse sur le carrelage froid de son local déserté.

Double Face, la volte-face d’un patron artiste

L’AfterWork Théâtre a dévoilé les dates de ses représentations pour le mois de décembre. La pièce sera donc à l’honneur au moins les 15, 16, 17, 22 et 23 décembre 2020. Cinq premières dates pour vivre avec notre patron désoeuvré les montagnes russes émotionnelles liées à l’entrepreneuriat.

Ce chef d’entreprise, c’est Jean, seul avec lui-même sur scène. Ou plutôt avec les deux versions de lui-même : Jean Raison et Jean Passion. Deux pans de son être qu’il a su faire cohabiter pendant des années dans son entreprise mais qui ont bien du mal à vivre ensemble pour surmonter l’échec. Reproches, déchirement, souvenirs, réconciliation… L’histoire d’un homme qui doit se pardonner pour rebondir. 

Interprétée par Jean Pierre PINDAT et Christophe BRETON, co-écrite et mise en scène Bruno ROST, illustrée par les photographies de Jean LECOURIEUX BORY, Double Face se présente comme “une ode à l’optimisme pour tous ceux qui sont impactés par la crise économico-sanitaire”. Optimiste, car plus que l’histoire d’un échec, c’est celle d’une reconversion, d’un renouveau. Ainsi, Jean la patron se reconstruit en laissant s’exprimer ses émotions à travers la photographie d’art.

Entreprendre, la part d’art de la création d’entreprise

Devenir artiste. Une reconversion radicale, sauf si l’on part du postulat que la création d’entreprise est une sorte d’art déjà pour les entrepreneurs passionnés. De l’art qui se partage, se construit, se déconstruit, à plusieurs le plus  souvent. L’expression d’une vision propre à l’entrepreneur, portée par toute une équipe. Une aventure qui embarque avec elle tous ces gens et les impacte, eux, ainsi que les cercles proches, les familles, les sous-traitants, les fournisseurs, les clients en cas de faillite.

Rideau artiste théâtre entrepreneur
Tel un artiste, l’entrepreneur s’exprime. Son art est unique.

Une situation universelle qui renvoie malgré tout plus que jamais à la solitude du chef d’entreprise. L’entreprise est une réussite collective, mais son échec est souvent vécu comme un échec individuel. Après tout, c’est le patron qui mène la barque. Ce sont ses lignes directrices, sa vision (ou son manque de vision) qui mettent ses salariés au chômage. Si seulement c’était si simple… Finalement, la reconversion en artiste est peut-être aussi l’occasion de n’être plus responsable que de soi, de se délester d’une pression accumulée au cours des années.

Mais cela n’enlève pas les défis de la vie : chef d’entreprise ou artiste, il faut pouvoir en vivre.

L’artiste n’est-il pas lui-même entrepreneur ?

Pourtant, dans cette pièce sur fond d’optimisme et de réinvention, une chose a de quoi perturber. Quelle drôle d’idée que de croire qu’on peut devenir artiste, autant qu’on ne s’improvise pas chef d’entreprise. Ici, Jean le Patron devient photographe d’art. On peut donc s’improviser photographe ? Sans doute n’est-ce pas un métier. Un peu comme comédien d’ailleurs. C’est un hobby, tout au plus, c’est bien connu. N’en déplaise ainsi aux photographes professionnels qui se croyaient jusqu’alors entrepreneurs. Tenez, moi, par exemple, je couche mes rêves sur du papier, je suis donc romancière. C’est donc si facile d’être son propre patron…

A condition de ne pas avoir prévu d’en vivre. Après tout, comme disait Coluche, “l’argent ne fait pas le bonheur des pauvres. Ce qui est la moindre des choses.”

Notre start-up nation a pris du plomb dans l’aile. Serait-ce la fin du rêve de l’entrepreneur à succès ? En tout cas, en période de crise, la chute est plus brutale qu’en temps normal. Les possibilités pour se retourner aussi. Ainsi, les chefs d’entreprise qui envisagent de retourner au salariat sont confrontés au ralentissement des recrutements. Pour peu que leur entreprise ait duré moins de deux ans et qu’ils n’aient pas pu se verser 10 000 € de salaire chaque année, ils ne peuvent pas non plus compter sur le chômage. Ce sont les mêmes qui ne perçoivent pas ou peu d’aides de l’Etat en ce moment, faute d’antériorité suffisante.

Il faut donc se reconstruire également seul. Dans un contexte où tout est en stand-by… Rien de nouveau donc, c’est l’histoire de l’entrepreneuriat. Après tout donc, pourquoi ne pas devenir artiste ? Ils sont déjà artistes de toute façon, guidés par leur passion et leurs convictions, habitués à travailler jour et nuit pour rien. Au moins là, on trouvera ça “normal”.

Source

“La face cachée de Double Face”, AfterWork Théâtre, communiqué du 30 novembre 2020

Retour à la réalité. L’Etat a bien conscience que l’argent fera son bonheur un peu quand même. Activité partielle, report de charges, loyer, PGE, fonds de solidarité…

Sauf pour les jeunes entreprises. Pas d’antériorité, pas assez de valeur sans doute. 

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